Humberto Maturana nous a quitté

Hommage à Humberto Maturana

Umberta Telfener

Je me souviens d’un voyage en train de Zurich à Saint-Gall en Suisse, une soirée de ciel clair et Ciccio – Humberto Maturana – qui raconte des histoires en regardant la pleine lune briller dans le ciel. C’était en février 1987. Avec sa voix apaisante, toute son attention, son intensité et son émerveillement, il essaie de m’expliquer le concept de réflexivité. Nous nous sommes rencontrés par hasard à la gare, nous allons tous les deux à une réunion organisée par Gilbert Probst, penseur systémique puis économiste à l’Université de Genève. A l’arrivée Heinz von Foerster, Gordon Pask et Ernst von Glasersfeld étaient venus nous saluer. Quatre jours avec des discussions sans fin, des anecdotes personnelles et des témoignages de leur passion commune cybernétique. Je me suis sentie très privilégiée d’être avec eux.

Je me souviens de ses conférences, il demandait toujours un tableau noir pour dessiner sur un coin supérieur l’œil de l’observateur; avec son écriture nerveuse, il remplissait alors le tableau de gribouillis circulaires sous la stupéfaction enthousiaste des gens venus l’écouter. Je me souviens quand il est venu au Centre de Milan – je ne me rappelle plus en quelle année – froissé et intense. Les étudiants ont été stupéfaits de rencontrer en personne l’auteur des livres difficiles qu’ils ont été «contraints» de lire pour leur formation: apparemment facile à suivre en personne, mais tellement profond qu’on ne pouvait pas dormir après avoir écouté son raisonnement. Ensuite, je l’ai rencontré à de nombreuses autres occasions autour de conférences systémiques, la dernière à l’Expo de Milan en 2015 au pavillon chilien, où il était l’invité d’honneur et avait invité l’équipe milanaise, rencontrant Pietro Barbetta et Jacky Boscolo.

Un homme fascinant, intense – le mot se répandit qu’il avait des admirateurs dans toutes les villes du monde où il s’arrêta – cohérent avec lui-même et prêt à surprendre et enchanter avec les opérations récursives qu’il proposait. Chaque rencontre était la coordination de la coordination des actions et des significations pour lui, l’amour la seule occasion de permettre un échange d’informations: «L’amour est l’émotion qui organise la réalité sociale, sans l’acceptation de l’autre dans la coexistence il n’y a pas de processus social » affirmait-il.

Humberto Maturana, biologiste, philosophe et écrivain est décédé le 6 mai de cette année, il avait 92 ans (né le 14 septembre 1928). Prix ​​national des sciences au Chili, candidat au prix Nobel, il avait fondé le laboratoire de neurobiologie de l’Université du Chili, où il vivait. Il a longtemps collaboré avec Francisco Varela avec qui il a écrit Autopoiesis and cognition (1972) et The tree of knowledge (1985). Ils étaient tous les deux souvent invités au laboratoire informatique biologique d’Urbana au Michigan, fondé par Heinz von Foerster.

Fritjof Capra et Peter Senge le considéraient comme leur maître, tout comme le Dalaï Lama – dont Humberto était un interlocuteur pour de nombreuses conversations à Dharamsala en Inde. Au début du XXIe siècle, il fonde avec sa compagne Ximena Dàvila l’Association Matristique (https://main.matriztica.org/) dans le but de collaborer pour former une société éthique. «Les êtres humains sont le résultat de la coopération pour la conservation, pas de la lutte pour la survie: en ce qui concerne la bio-évolution, nous existons parce que nous aimons », disait-il avec conviction.

Nous l’avons tous aimé, il nous manquera beaucoup, mais ses graines sont très bien enracinées dans chaque penseur systémique.

Bibliographie

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